La pomme de terre en Algérie Un secteur qui peine à décoller.

 La pomme de terre en Algérie

Un secteur qui peine à décoller.



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Nombre d’agriculteurs exigent une meilleure prise en charge du surplus de leur production. Ils réclament plus de lieux de stockage, de moyens de transport et de marchés où écouler leur produit.

Texte : Mouloud CHIKH. Photos : Idriss BOUCHELKIA.

L’Algérie produit annuellement 47 millions de quintaux de pommes de terre. La demande est assurée par les producteurs locaux. Mais, les producteurs algériens sont en colère car ils sont confrontés à un marché désorganisé. Ils subissent de plein fouet la chute du prix du tubercule. Stockage, exportation, transformation… plusieurs solutions s’offrent pourtant à la filière, à condition que l’État joue pleinement son rôle de régulateur. Les aspects liés aux prix et aux infrastructures de stockage sont au centre d’une grave crise du secteur. Les milliers de producteurs subissent une chute vertigineuse des prix. À 25 dinars le kilogramme en gros, cela ne permet pas de payer les frais d’ensemencement. Avec 110 kilos de pomme de terre par an, l’algérien consomme plus de trois fois la moyenne mondiale qui est de 31 kilos. Mais voilà, la désorganisation qui caractérise cette filière provoque un surplus à certaines périodes de l’année, ce qui a tendance à tirer les prix vers le bas. D’où la colère des producteurs.


Pour tenter de réguler le marché, les autorités ont mis en place depuis une dizaine d’années un système de régulation des produits de large consommation. Le principe est simple : l’État achète les quantités en surplus auprès des producteurs, les stocke dans des chambres froides et les mets sur le marché lorsque cela est nécessaire. « Nous sommes encore dans un système agricole archaïque, explique Cherif Bouzambrek, producteur près de Tizi Ouzou. La tentative de créer des filières a été un échec. Certains agriculteurs, qui subissent actuellement la crise de la pomme de terre, l’abandonneront pour une autre culture l’année prochaine. Cela provoquera une baisse de la production et aura pour effet d’augmenter les prix ». Nous nous engageons sur la route menant vers la plaine d’Azrou Tamarth. Cette grande plaine est l’un des pôles agricoles les plus vastes de la wilaya. A notre arrivée sur les lieux, une vaste terre de six hectares de pomme de terre nous fait face. Nous sommes à un mois de la récolte. Chérif s’inquiète déjà des prix de vente. « Le marché est très bas et nous peinons à rentrer dans nos frais », explique-t-il. En effet, la pomme de terre est cotée entre 30 à 35 DA maximum. Une calamité pour ce producteur : « Les charges ne font qu’augmenter, les prix des intrants sont de plus en plus chers, les traitements préventifs contre le mildiou sont très élevés. Pour un meilleur rendement, il faut pas moins de 400 000 DA d’investissements par hectare entre les semences, les engrais, les traitements phytosanitaires, la main-d’œuvre et le reste. Et comme la terre est fatiguée, nous récoltons à peine 20 à 25 quintaux à l’hectare ». Cela veut dire qu’en amont l’agriculteur travaille à perte, la pomme de terre ne bénéficie pas d’un soutien de l’Etat. Des dispositifs de soutien de l’Etat ? La plupart des agriculteurs que nous avons rencontrés s’accordent à dénoncer la difficulté d’accès au crédit et le poids de la bureaucratie dans les dispositifs de soutien. Alors, nombre de producteurs ont recours aux emprunts privés pour travailler. 

Vers la fin de l’importation de semence ?

Actuellement, l’Algérie importe entre 120.000 et 150.000 tonnes de semences de pommes de terre pour un montant variant entre 90 et 100 millions dollars, en provenance de France, de Hollande et du Danemark. Le reste est assuré par la production nationale. Reste que certains évoquent l’arrêt définitif de l’importation de semences de pomme de terre à l’horizon 2026. 

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