« Nous
sommes asphyxiés par les charges »
Producteur en Kabylie, Cherif Bouzambrek peste
contre le prix des engrais, des semences, des produits phytosanitaire, de
l’énergie et de la main-d’œuvre. Il voudrait que l’état soutienne davantage les
producteurs.
Entretien réalisé par : Mouloud CHIKH, Photos :
Idris BOUCHELKIA.
Cherif Bouzambrek, 36 ans, père de deux enfants, habite le
village d’Iheddaden. Il se situe dans la communie de Draa El Mizan (wilaya de
Tizi Ozou), réputée pour sa production de pommes de terre, de céréales et
d’élevage. Après l’obtention de son diplôme d’agronomie à l’université de Tizi
Ouzou, Cherif s’installe agriculteur en 2010. Il travaille avec ses parents et
son grand-frère Seddik et produit du lait et des pommes de terre de
consommation sur six hectares.
Avez-vous rencontré des difficultés à vos
débuts avec la culture de la pomme de terre ?
Cherif Bouzambrek : Oui beaucoup. Au départ, j’ai jeté
beaucoup de pommes de terre parce que je ne maîtrisais pas bien cette culture.
Maîtriser un légume ne se fait pas du jour au lendemain. Aujourd’hui encore, je
travaille sur la maîtrise du produit. J’améliore en permanence mes cultures
pour les optimiser. La commercialisation a aussi été difficile, on doit faire
attention à ce qu’on plante. Depuis que je travaille la pomme de terre, je
trouve une quantité de techniques que je teste et améliore au fil du temps.
C’est beaucoup d’énergie mais cela vaut le coup.
Que pensez-vous de la vente sur place ?
Elle me permet de rencontrer
directement l’acheteur sur le terrain, de connaître ce qu’il pense de mon
produit, ce qui lui plaît ou lui déplaît. Ici, il y a un système qui permet à
l’acheteur de donner son point de vue sur le produit. Le grand gagnant c’est
l’acheteur.
Quel est le prix de vente ?
Sur place, les prix varient entre
35 et 40 DA le kilo, contre 80 à 100 DA chez les détaillants selon la saison.
Tant que la pomme de terre est à 35 ou 40 DA/kg (prix de gros), personne ne
cherche après nous, mais si ça grimpe à 45 à 55 DA, le gouvernement va recourir
à l’importation.
Qu’est-ce à dire ?
Ce que je gagne dépend de mes dépenses. Il faut compter avec la
cherté des produits. Depuis des années, les prix des intrants ne font
qu’augmenter. Nous sommes asphyxiés par les charges. On achète les semences et
l’engrais au prix fort. Heureusement que nos fournisseurs sont patients. Je
paie la semence à 60 DA le kilo et c’est un prix d’ami. Normalement, elle vaut
de 50 à 200 DA le kilo, selon la variété et le marché. L’engrais est à 7 330 DA
le quintal. Nous en utilisons 14 à 18 quintaux à l’hectare. En plus, il faut au
moins 1500 DA/jour et par travailleur saisonnier. Je dépense 2000 DA par jour
de mazout, sur 90 jours, pour faire tourner les moteurs de l’arrosage sur 800
mètres environ depuis le lac. Sans oublier les produits de
phytosanitaire : la plupart sont importés de l’étranger, donc à des prix
toujours plus élevés. Au total, on se retrouve avec 40 millions de centimes de
charges par hectare. Cet investissement est difficile à amortir.
Est-ce facile de produire de la pomme de terre ?
Tout d’abord, il faut signaler
que la production de pomme de terre est pratiquement délaissée par les
agriculteurs. Ils se tournent vers les céréales car ils sont moins coûteux à
produire. De plus, la production locale d’engrais ne comble pas les besoins.
Par conséquent, une importante quantité d’engrais est importée à des prix
élevés. Cela pousse les agriculteurs à n’en utiliser qu’environ 50 % des
besoins. Quant au rendement moyen par hectare de pommes de terre, il varie de
20 à 25 quintaux/ha en fonction des variétés et des saisons.
Quels sont, pour vous, les avantages et les inconvénients du métier
d’agriculteur ?
Il y a une pression plus grande pour réussir dans ce domaine. Si j’avais
décidé, par exemple, de monter mon exploitation en louant des terrains, il
m’aurait fallu plus de temps pour commencer à faire du profit. Pour ce qui est
des avantages, il y a le fait que je décide de la gestion des cultures, de ce
que je vais faire pousser. Les producteurs ont toujours besoins de conseils
techniques et économiques pour leurs exploitations. Or, pour pouvoir
s’agrandir, ils ont également besoin d’avoir accès au crédit auprès
d’institutions financières spécialisées.