Le retour d'El Niño alarme de nombreuses régions du monde. Pour
faire face aux risques climatiques qu'il engendre, l'ONU souhaite accroître le
financement des actions anticipatives.
Par : Chabane BOULAKDEM – Photo sélectionnée par :
Nadjia OUAZANI
Les
Nations unies sont prêtes à mobiliser jusqu'à 100 millions de dollars via le
Fonds central d'intervention d'urgence (CERF). Cet argent financera des mesures
préventives dans les pays les plus vulnérables au retour de l'épisode
climatique El Niño. Cette mobilisation survient alors que les prévisions
annoncent un renforcement du phénomène, qui pourrait provoquer des vagues de
chaleur extrême, des sécheresses, des pluies torrentielles et des inondations
dans plusieurs régions du monde. « Plus de 20 millions $ ont déjà été alloués à
des actions dites ''anticipatoires'' dans six pays », a déclaré Tom Fletcher
(photo), secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l'ONU, cité
dans un communiqué du 13 juillet. Ces financements visent notamment à exploiter
les prévisions climatiques pour protéger les populations avant la destruction
des récoltes, l'épuisement des ressources en eau ou les dégâts causés par les
inondations. Ces risques surviennent alors que plusieurs pays touchés peinent
encore à se relever de crises climatiques antérieures, qui ont fragilisé leurs
productions agricoles, leurs revenus ruraux et leurs systèmes alimentaires En
Somalie, près de 4,8 millions de personnes dépendent déjà de l'aide humanitaire
après plusieurs années de sécheresse et de déplacements. Les prévisions font
état d'une probabilité de 60 % de précipitations supérieures à la normale dans
certaines régions du pays. L'organisation rappelle que les inondations liées à
El Niño avaient détruit près de 13 000 tonnes de cultures en Somalie en 2023. «
Un épisode similaire causerait aujourd'hui des dégâts encore plus graves, car
les communautés sont déjà fragilisées par la sécheresse et la réduction des
financements humanitaires », souligne l'IRC. Au Kenya, la probabilité qu'El
Niño se prolonge jusqu'à fin 2026 est estimée entre 80 % et 82 % ; les
autorités anticipent un risque élevé d'inondations et de glissements de terrain.
En Ouganda, les craintes se concentrent sur une possible hausse des
déplacements de population et des maladies liées aux crues. En Asie, le
Pakistan pourrait subir une baisse des précipitations et une hausse des
températures, tandis que le Bangladesh et l'Afghanistan restent exposés aux
risques d'inondations.
Financement climatique
Au-delà de la mobilisation financière, l'initiative de l'ONU traduit une évolution dans la gestion des crises climatiques. Les organisations humanitaires cherchent désormais à agir avant les catastrophes, en finançant des mesures préventives : systèmes d'alerte précoce, accès à l'eau, transferts monétaires aux ménages vulnérables ou protection du bétail. Selon l'ONU, cette approche réduit le coût des interventions d'urgence tout en protégeant les moyens de subsistance des populations exposées.