« Nous
disposons d’une solide expérience dans l’organisation du transport public et la
sécurité routière, que nous serions ravis de partager avec l’Algérie ».
Son Excellence Madame Anna Block Mazoyer, Ambassadrice de Suède en Algérie
Son Excellence
Madame Anna Block Mazoyer, Ambassadrice de Suède en Algérie, a accordé une
interview exclusive au Courrier d'Afrique 54. Elle y aborde
les relations historiques, économiques et commerciales entre les deux pays,
dont les liens n'ont cessé de se consolider et de se développer. Elle met en
lumière les nombreuses opportunités qu'offrent les échanges commerciaux
bilatéraux et les investissements suédois en Algérie, notamment dans les
secteurs de l'énergie, du conditionnement alimentaire, du transport de poids
lourds, des équipements industriels et du pharmaceutique. Interview.
Interview réalisée par : Youcef MAALLEMI
(maallemi-youcef@lecourrierdafrique54.com)
Le Courrier d’Afrique 54 : Excellence, Madame l'Ambassadrice, nous
ouvrons cet entretien avec la question traditionnelle. Les relations entre la
Suède et l'Algérie ont une longue histoire : elles remontent à 1729, comment
qualifieriez-vous ces relations actuellement ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Les relations entre la Suède
et l’Algérie remontent au premier accord de 1729, mais en réalité, les contacts
ont commencé au moins cinquante ans plus tôt. En effet, notre premier consulat
en dehors de l’Europe et de Constantinople a ouvert à Alger en 1729. Il est
resté ouvert jusqu’en 1963, année de l'ouverture de l'Ambassade de Suède à Alger
Le Courrier d’Afrique 54 : Votre ambassade a célébré la fête nationale
suédoise à Alger. Quelle signification accordez-vous à cette journée ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: C’est une occasion de célébrer tout ce qu’il y a de positif en Suède : ses valeurs, sa culture et son modèle de société. Elle rend hommage à la création du Royaume moderne en 1523, avec l’arrivée de Gustav Vasa, mais contrairement à d’autres pays, elle ne commémore pas une indépendance ou une libération au sens strict. C’est donc une fête davantage tournée vers l’identité du pays et le sentiment d’appartenance, plutôt qu’un événement historique unique. Pour ce qui est de la célébration à Alger, il s’agit de mettre à l’honneur les liens profonds et sincères qui nous unissent dans de nombreux domaines. C’est l’occasion de se rappeler ensemble du passé et de valoriser le présent, tout en se tournant vers un avenir commun encore plus solide et durable.
Le Courrier d’Afrique 54 : Les pays nordiques et les autorités
algériennes ont récemment organisé à Alger la 3e édition du forum sur le
climat, auquel l'ambassade de Suède a participé. Quels sont les retombées de ce
forum ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Articulé en trois différents
panels, et au-delà des défis communs, les discussions ont permis de mettre en
lumière des approches concrètes, des retours d’expérience et des solutions nordiques
et algériennes innovantes basées sur des modèles économiques durables et des
investissements responsables. Les discussions ont également mis en avant la
place centrale de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de
l’égalité femmes-hommes, éléments essentiels à toute stratégie de développement
durable. Au-delà des panels, la session de networking de l’après-midi a
également permis aux entreprises nordiques et algériennes de nouer des contacts
directs, d’explorer des opportunités de collaboration et de partenariat dans
différents secteurs. Ce forum a aussi permis de mettre en lumière une
initiative dédiée à la jeunesse : un groupe d’étudiants a eu l’opportunité de
visiter quatre entreprises nordiques implantées en Algérie, pour observer concrètement
comment la durabilité est intégrée dans leurs pratiques quotidiennes ainsi que
dans leur culture d’entreprise. Les pays nordiques, reconnus mondialement pour
leurs modèles économiques durables et leurs innovations technologiques,
s’engagent ainsi comme des partenaires naturels et attractifs pour soutenir les
objectifs climatiques de l’Algérie et sa transition verte.
Le Courrier d’Afrique 54 : Des projets liés au changement climatique
sont-ils prévus avec l'Algérie dans les prochaines années ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Le Conseil international de
l’industrie suédoise (NIR) a signé, le 28 avril 2026, un accord de partenariat
avec la Commission de régulation de l'électricité et du gaz (CREG). Il s’agit
d’un programme de renforcement des capacités intitulé « Programme de
Partenariat pour la Décarbonisation Industrielle de l’Algérie » qui a été
développé en étroite collaboration avec le ministère de l’Energie et des
Energies Renouvelables (dont dépend la CREG). Financé à 100% par l'Agence
suédoise de coopération internationale au développement (SIDA), ce programme de
renforcement des capacités représente un engagement commun et très ambitieux en
faveur de la décarbonisation industrielle en Algérie. Ceci sera, j’espère,
utile pour toute l’industrie algérienne, notamment pour le secteur du ciment,
de lacier et des fertilisants.
Le Courrier d’Afrique 54 : Quels dispositifs la Suède a-t-elle mis en
place pour favoriser la coopération scientifique et culturelle, notamment les
échanges universitaires et les événements culturels ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Je citerais, par exemple, la coopération en matière de santé entre l’Institut Karolinska et le Groupe SAIDAL. Notre ambassade travaille étroitement avec la Délégation de l’Union Européenne et le cluster EUNIC Algeria en participant à des événements culturels, comme le Festival Européen de Musique du 13 au 16 juin, auquel a participé le groupe de musique suédois aux influences arabes Tarabband. Cette collaboration touche aussi les domaines du cinéma, de la littérature, de la photographie…
Le Courrier d’Afrique 54 : Combien d'entreprises suédoises opèrent en
Algérie et dans quels secteurs ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Une vingtaine d’entreprises actives
dans différents secteurs (énergie, conditionnement alimentaire, transport poids
lourds, équipement industriels, pharmaceutique…) sont installées en Algérie
depuis très longtemps. D’autres entreprises suédoises font des affaires avec
l’Algérie et se rendent régulièrement dans le pays, notamment celles qui
activent dans le secteur du bois rouge.
Le Courrier d’Afrique 54 : Quels secteurs économiques pourraient
renforcer les relations entre la Suède et l’Algérie ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: L’Algérie a besoin de renouveler
et moderniser son parc de bus. Il existe deux entreprises suédoises qui
fabriquent des bus de très grande qualité et j’espère pouvoir les voir
s’implanter en Algérie. Cela dit, la décision finale leur appartient, selon
leur intérêt pour le marché. Du côté officiel, nous disposons d’une solide
expérience dans l’organisation du transport public et la sécurité routière, que
nous serions ravis de partager avec l’Algérie.
Le Courrier d’Afrique 54 : Quel est l'état actuel des relations
commerciales entre les deux pays ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Les relations commerciales
sont bonnes. Il existe toutefois certaines contraintes réglementaires,
notamment en matière d’importations, qui peuvent influencer le développement
des échanges.
Le Courrier d’Afrique 54 : Madame l'Ambassadrice, souhaiteriez-vous
adresser quelques mots en conclusion de cet entretien ?
S.E.M Anna Block Mazoyer: Je me félicite d’être de
retour en Algérie, où j’ai commencé ma carrière diplomatique entre 1990 et
1993. En compagnie des partenaires algériens et suédois, je souhaite fêter les
trois cents ans du premier accord, en dessinent ensemble une coopération forte
pour les trois cents ans à venir !